Eyes Wide Shut

Réalisateur : Stanley Kubrick

Acteurs : Tom Cruise, Nicole Kidman, Sydney Pollack

Date de sortie : 15 septembre 1999

Durée : 2h39

Un peu comme pour une autre production hollywoodienne de cet été, la bande-annonce trop aguicheuse m'avait détourné de ce film. Le battage publicitaire multipliait les interviews du « couple à la ville et à l'écran ». Au risque d'être incapable d'assumer le statut de cinéphile, j'avais donc fait une croix sur ce film avant de regarder Arrêt sur image, l'émission de la Cinquième qui se donne justement pour mission d'analyser le traitement de l'actualité à la télévision. Les commentateurs de Télérama, Inrockuptibles et Positif se sont donné tant de mal à démontrer que le film valait mieux que sa « réputation sulfureuse » qu'une séance même tardive s'imposait.

Par rapport à la mise en scène de rapports sexuels, le film se situe nettement en-dessous de ce à quoi les spectateurs français sont habitués. Au moins sur ce point, les débats peuvent être clos. Par rapport au génie supposé du metteur en scène, je serai beaucoup plus critique. Le film est en effet très hollywoodien. Outre la morale finale, les moyens utilisés démontrent une fois encore l'importance du budget de production pour faire un film sans bavure. Comme toujours dans ce type de films, la bande son(1) amplifie les images, tandis que les décors et les éclairages doublent l'état psychologique des personnages. Dans une séance de près de trois heures, l'absence de temps mort est ainsi révélatrice du savoir-faire technique plutôt que d'une « communion entre le sort du personnage et celui du spectateur ». Comment penser d'ailleurs que les spectateurs s'identifient à ce médecin ? Qui peut s'imaginer dans un tel luxe, dans une telle oisiveté ? Un petit souci ? Le docteur William Hartford aligne les billets de banques et abandonne son travail en annulant les deux rendez-vous de l'après-midi. Au contraire, le spectacle captive par la descente aux enfers qu'il étale devant nos yeux. Un voyeurisme morbide et non sexuel.

L'apport de Stanley Kubrick se limite alors à avoir tenté le croisement entre les scénarios psychologiques européens et les techniques du cinéma d'action hollywoodien.

cotation : 2/5

(1) Malheureusement la valse de Chostakovitch a été récemment usée en France par André Rieux et une publicité d'une compagnie d'assurance-vie.

- Jean-Philippe Papillon, 3 octobre 1999


© Aglossa, 1999