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Auteur : Robert H. Frank, Philip J. Cook
Édition : Penguin USA, 1996
ISBN : 0140259953
La lecture de ce livre est perturbante et il est très difficile de porter un jugement global : d'un côté, la thèse des auteurs approfondit et étend le thème mercantiliste de la richesse relative. Les exemples de situations de compétition où le vainqueur reçoit tous les lauriers sont même parfois originaux : la publicité des compagnies de tabacs, les équipes de football américain universitaires. Ils révèlent souvent des mécanismes de « course à l'armement » qui sont collectivement défavorables. Les auteurs exposent même un jeu d'enchères diabolique qui met facilement en valeur combien le procédé peut être autodestructeur. Je m'en réserve l'usage pour des « amis de trente ans ».
D'un autre côté, le livre irrite par ses oeillères et son manque de perspective historique. Il fait une part un peu trop belle aux sports et, si cela donne quelques belles pages sur le dopage en particulier, le sujet est trop rabâché avec un parti pris typiquement « américain né après la seconde guerre mondiale ». Lorsque les auteurs demandent si les lecteurs se souviennent de la médaillée d'argent en gymnastique des jeux de Los Angeles (pour les lecteurs français, la grande gagnante a été Mary Lou Retton), ils oublient un peu trop vite que si les américains ont glorifié leur championne et oublié le reste du podium, c'est parce que sa victoire symbolisait la suprématie de l'occident sur le communisme. Si une française avait pris la troisième place, elle serait encore commentatrice des grands événements sur TF1.
Mais surtout le livre est emprunt d'un pessimisme qui, résumé trop rapidement, donnerait : les classements relatifs sont néfastes pour la collectivité car ils conduisent à des allocations de ressources aberrantes ; les situations de concurrence s'organisent de plus en plus selon ce mode ; le libéralisme, en particulier économique, est à nouveau en vogue. Conclusion : il faut mettre fin à cette pression.
Cette démonstration est faible sur plusieurs points. D'abord l'analogie de la course aux armements peut être retournée. Le monde a tout de même réussi à sortir de la guerre froide (les observateurs émettent d'ailleurs des analyses contradictoires puisque certains attribuent la chute du mur de Berlin au violent effort en faveur de la « guerre des étoiles » instaurée par Ronald Reagan). Ces situations ne sont donc pas toujours sans issue. Ensuite la compétition politique est un sport très ancien. Le système féodal a engendré en Europe nombre de guerres. Celle entre les Français et les Anglais n'est pas la moins célèbre. L'histoire n'a donc pas d'inclinaison en faveur d'un système de compétition à somme nulle. A tout moment, il convient de rester vigilant sans être paranoïaque.
Enfin les situations décrites sont souvent fermées. Et tout le monde sait déjà que dans un jeu à somme nulle, il ne peut exister de création de richesse. Inversement les économistes classiques ont toujours soutenu l'idée que dans un système ouvert, où la richesse se définit en valeur absolue, la compétition était un vecteur de croissance.
En résumé, ce livre interroge le lecteur. Il adopte un point de vue original mais à force de tirer le trait, il énerve au point que j'en avais un temps arrêté sa lecture après deux chapitres.
cotation : 2/5
- Jean-Philippe Papillon, 11 avril 1999
NB : Ces lignes ne commentent que les deux premiers tiers du livre. Comme il fait partie des affaires que je me suis fait voler dans ma voiture, j'ignorerai la dernière partie.
© Aglossa, 1999